Au cours du week-end dernier, de violentes émeutes ont éclaté dans plusieurs villes de France, les commerces devenant une cible privilégiée. Selon les premières estimations de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), environ 1 500 commerces ont été pillés ou endommagés dans tout le pays, pour des pertes matérielles estimées à plusieurs centaines de millions d’euros. Les données actualisées du gouvernement font état de plus de 3 000 commerces directement touchés, certaines villes n’ayant pas encore transmis leurs chiffres lors du premier décompte.
Marseille : un magasin sur deux pillé
Hors de Paris, la cité portuaire du Sud, Marseille, a été particulièrement touchée. Selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, jusqu’à 30 000 pilleurs étaient présents dans les rues de Marseille au plus fort des troubles, dont environ 8 000 ont été qualifiés d’« émeutiers ». Le président de l’association des commerçants du centre-ville de Marseille a indiqué que, selon les premières estimations, près d’un magasin sur deux avait été pillé.
Les images de vidéosurveillance montrent que les assaillants étaient équipés d’outils tels que marteaux, pieds-de-biche et scies thermiques, ciblant de manière méthodique des enseignes précises. La boutique officielle de l’Olympique de Marseille (OM), située sur La Canebière, n’a pas été épargnée : elle a été pillée et a dû fermer temporairement. L’opérateur télécom SFR a confirmé qu’une quinzaine de ses boutiques à Paris et à Marseille avaient été endommagées ou pillées. Les secteurs du luxe, de l’électronique et de l’alimentaire ont été les plus durement frappés, les pilleurs ciblant principalement des biens faciles à revendre : smartphones, ordinateurs et vêtements de marque.
Réponse d’urgence du gouvernement, les assureurs face à une vague de sinistres
Le Premier ministre français, Lecornu, a activé le 19 octobre une cellule interministérielle de crise pour coordonner la réponse sur les plans économique, assurantiel et judiciaire. Les mesures d’urgence comprennent des prêts garantis par l’État, des reports de charges fiscales et sociales, ainsi que des subventions pour les commerces les plus sinistrés.
Côté assurances, les compagnies font face à la plus grande vague de sinistres depuis 2005. Si la plupart des contrats multirisques couvrent les dommages liés aux émeutes, certains commerçants découvrent que leur police ne comporte pas de clause « émeutes et troubles civils ». Les professionnels anticipent une hausse des primes de 20 % à 50 % pour les commerces des quartiers touchés ; certains assureurs envisagent même d’ajouter des exclusions ou d’exiger un renforcement de la sécurité.
Le maire de Marseille, Benoît Payan, a annoncé l’instauration, à compter de la soirée du 20 octobre, d’un couvre-feu pour les mineurs dans les zones commerciales, de 22 h à 5 h du matin, jusqu’au vendredi. Les autorités avaient également interdit les rassemblements et manifestations publics dans toute la ville le 19 octobre, de midi à 20 h.
Comment les habitants et les commerçants peuvent-ils se protéger ?
Face aux suites des émeutes et aux risques sécuritaires persistants, les habitants et les commerçants peuvent adopter les mesures suivantes :
Pour les commerçants :
Porter plainte rapidement et conserver les preuves : les commerces sinistrés doivent signaler les faits à la police au plus vite et conserver les images de vidéosurveillance, les photos des lieux et l'inventaire des pertes, indispensables aux démarches d'assurance et aux demandes d'aides publiques.
Vérifier les clauses du contrat d'assurance : contacter immédiatement son assureur pour vérifier si la police couvre les dommages liés aux « troubles civils » ou aux « dégradations volontaires », et connaître les franchises et les modalités de déclaration.
Renforcer la devanture : lorsque la sécurité le permet, installer ou réparer rideaux métalliques, grilles de protection et dispositifs de vidéosurveillance ; éviter de laisser des marchandises de grande valeur dans le magasin la nuit.
Suivre les dispositifs d'aide publique : se renseigner auprès de la Direction générale des entreprises (DGE) ou des chambres de commerce locales sur les prêts garantis par l'État, les reports de charges fiscales et les autres mesures d'urgence.
Pour les habitants :
Respecter le couvre-feu et les interdictions de rassemblement : à Marseille notamment, dans les zones commerciales, les mineurs doivent respecter le couvre-feu de 22 h à 5 h et éviter ces secteurs aux heures sensibles.
Rester informé : suivre les consignes de sécurité en temps réel publiées par la préfecture et la mairie, et éviter les abords des manifestations ou des zones de conflit.
Se déplacer en groupe et rester vigilant : limiter les sorties inutiles la nuit ; en cas de déplacement, privilégier les déplacements en groupe et éviter les quartiers commerciaux les plus endommagés.
Porter des vêtements de protection : en cas de nécessité de sortie, envisager le port de vêtements anti-perforation et anti-coupure afin de réduire le risque de blessure par objet tranchant ou par projection dans un environnement chaotique. Ces vêtements ne sont pas des équipements offensifs, mais offrent aux personnes ordinaires une couche de sécurité supplémentaire face à des situations de violence soudaine.
Garder les contacts d'urgence à portée de main : mémoriser le numéro de police secours (17 en France) et les coordonnées de sécurité de son quartier, et demander de l'aide sans délai en cas de danger.
Le nettoyage est en cours, mais les tensions ne sont pas totalement retombées : les forces de l’ordre restent déployées dans de nombreuses villes et un couvre-feu est maintenu dans certaines grandes agglomérations. Les habitants et les commerçants, tout en retrouvant progressivement une vie normale, doivent rester vigilants et faire de la sécurité des personnes leur priorité.